Article 19 : Un nouveau départ

.:. L'aube d'une existence humaine débute par un combat en faveur de la vie .:.

À l'état d'embryon, nous devons décupler nos forces pour nous couver dans le ventre de notre mère malgré la fragilité de notre état. Puis, en tant que fœtus, nous poursuivons l'édification de notre corps : toute la complexité humaine en seulement 9 mois. Et nous devons combattre pour survivre à la tempête physique et émotionnelle de l'accouchement.

Quel chemin déjà parcouru pour avoir le droit d'intégrer le monde des vivants !

Une fois que nous avons endossé notre enveloppe humaine, nous allons conduire notre quête personnelle. Un combat de longue haleine pour tenter de nous sentir exister :

-          nous combattons pour nos parents, pour répondre à leurs exigences et pour qu'ils soient fiers de nous,

-          nous combattons à l'école, pour durement nous instruire et pour nous intégrer au milieu des autres,

-          nous combattons pour un métier, pour être performant et pour nous sentir reconnu,

-          nous combattons pour un amour, pour sa réciprocité et pour le préserver,

-          nous combattons pour nos enfants, pour les défendre et pour les accompagner,

-          nous combattons pour l'amitié, pour combler nos manques réciproques et pour nourrir nos échanges,

-          nous combattons pour des inconnus, pour gagner une justice et pour honorer nos valeurs,

-          nous combattons pour une cause, pour réparer secrètement nos blessures et pour trouver notre identité.

Ces batailles, nous avons le sentiment de les remporter ou de les perdre en fonction de notre engagement et de notre force face à la vie. Mais, en réalité, il n'y a pas d'échec ni de victoire dans tout ça...Il y a juste des défis d'existences permettant des apprentissages. Et nous n'avons pas d'autre choix que d'avancer.

Et puis, arrive un jour différent, un jour où nous commençons à nous réconcilier avec nous-même. Nous pouvons alors temporiser tous ces combats. Nous pouvons retrouver cette personne au fond de nous, celle qui s'est cachée toute sa vie pour Être en fonction des attentes de l’extérieur. À présent, rien ne semble plus important que d’Être en fonction de notre intérieur.

Ainsi se calme le tumulte dans notre profondeur pour laisser place à l'expression de notre personnalité et de notre singularité. Nous pouvons alors :

-          partager sans nous épuiser,

-          offrir sans nous priver,

-          vivre sans nous perdre,

-          aimer sans nous oublier.

 Nous faisons des choix en conscience. Nous écoutons notre petite voix. Nous composons notre paix intérieure pour révéler notre authenticité. Sans négliger les autres ni la vie, nous écrivons notre histoire personnelle et nous vivons tout simplement pour nous.

 

.:. À présent, je m'adresse à toi cher lecteur .:.

Oui ! Toi qui est en train de me lire en ce moment ! Pensais-tu peut-être que ce récit était une histoire banale ? Il n'était qu'une introduction au message important que je suis venue te délivrer : tu es précieux. Seulement, t'en souviens-tu ? Tu es un être empli de spiritualité mais ton côté humain l'occulte quotidiennement au profil d'une vie matérielle et d'une charge mentale aliénante. Ce positionnement, que tu as choisi pour diriger ta vie, étouffe ta dimension unique et tu oublies d’être vivant.

Aujourd'hui se présente à toi un nouveau départ : celui de LA rencontre. Pas avec le monde ni l'autre mais la rencontre avec toi-même. Je pourrai même dire : une renaissance vers « toi-m'aime ». Ce grand pouvoir dont tu disposes, et qui est le libre arbitre, peut te permettre de prendre une nouvelle décision dès maintenant : celle de te choisir.

Au cours de ton périple, il y aura des doutes, des envies de détours mais, tu sais, tous les chemins conduisent vers l'inconnu. On aimerait en savoir davantage avant de tenter mais c'est une erreur car plus on s'obstine pour savoir et moins on est capable d'apprendre des surprises que la vie nous réserve.

Je sais ce que tu te dis, que c'est effrayant l'inconnu. Mais, ne t'inquiète pas, tu es humain. Et avant de te sentir libre, il va falloir affronter tes peurs. Quelques soient les sentiments que tu éprouves, tu n'as pas à en avoir honte. Pas la moindre honte. Toute relation nécessite des ajustements, de la patience et de l'attention. Et ta relation avec ton Être a besoin de tout cela. Sans oublier cette note du cœur si précieuse appelée l'autocompassion : chéris ta part sombre qui a juste besoin d'être aimée.

Accepter la rudesse de ta vie sans pour autant renoncer à elle. C'est sûrement là toute la difficulté qui t'attend. Car il est normal qu'après un drame, la vie s'éteigne au creux de ton être...Mais ceci est provisoire, ne l'oublie jamais quand tu seras dans l'obscurité. Tout s'éprouve, c'est comme ça qu'on façonne sa vie. Et je te promets qu'il suffit de peu pour réchauffer ton humanité qui est parfois happée par la souffrance au gré des événements qui te traversent ;

-          Regarde ! Ce sourire, la couleur de cette fleur...émerveille toi.

-          Sens ! Ce parfum d'enfance, le souffle du vent sur ton visage...imprègne toi.

-          Aime ! Cette rencontre inattendue, les merveilles de la nature...enrichis toi.

Reconnecte-toi à ce désir enfoui et qui peut dévorer passionnément tout ton cœur : faire quelque chose de la vie qui t'a été donnée.

Avant de te laisser poursuivre ton chemin, je tiens à t’offrir des mots pour parler de ta vie et de ta singularité : voici une visualisation pour poursuivre courageusement ta quête personnelle lorsque tu douteras de toi. Que ces dernières lignes puissent te rappeler combien tu es spécial. Puissent-t-elles murmurer à ton esprit l’Être lumineux que tu es dans l'immortalité de ta vie :

« Aujourd'hui, je comprends que la vie a mille visages.

Aujourd'hui, j'apprends à vivre au présent car il y a tant de possibles dans l'éternité d'un seul instant.

Aujourd'hui, j'apprends à mourir pour initier une métamorphose :

je pars à MA RENCONTRE et

je commence un NOUVEAU DEPART. »

  

Charlotte Vergori  « par amour pour ma vie éphémère », décembre 2020 

♡ A chacun des patients que j'ai l'honneur d'accompagner

et dont la rencontre initie à chaque fois un nouveau départ en moi

pour tenter d'être une meilleure soignante petit à petit ♡

(À Isa qui m'a encouragé à reprendre l'écriture,

(À ma famille qui m’a courageusement suivi en Dordogne pour vivre un nouveau départ... )



* Photo Charlotte Vergori


Article 18 : Quel avenir pour les soignants ?


🦋 En ce moment, être soignant c'est avoir un avenir incertain : en effet, comment savoir si chaque professionnel de santé pourra encore prendre soin des autres demain et après demain...alors qu'il est lui-même malmené quotidiennement par un système défaillant ? Toujours plus d'actes à effectuer avec de moins en moins de capacités, de temps et de moyens humains : le monde de la santé se meurt...

En ce jour pluvieux, j'ai relu la lettre que j'avais écrite pour mon mémoire de fin d'études en 2011 : du haut de mes 24 ans, j'avais écrit à mon métier avec tout mon coeur et ma passion pour l'être-humain...Cela me fait du bien de relire cette lettre 10 ans après car je me rends compte que malgré les années et les problématiques liées à notre profession, j'ai un amour débordant pour mon métier d'infirmière. C'est inexplicable, c'est en moi...
Cette lecture me permet de me souvenir pourquoi j'ai choisi ce métier car je ne veux jamais oublier...Chaque mot que j'ai écrit avec beaucoup d'idéal et de naïveté à l'époque prend finalement soin de ma fatigue quotidienne aujourd'hui car nous sommes malheureusement dans un environnement de travail maltraitant pour tout le monde, autant les soignants que les soignés.
Alors, si un jour je lâche prise car ce métier me demande trop de sacrifices, je tiens à dire avec toute la sincérité possible, que j'aurai vraiment aimé passionnément être...

" Merci à tous les soignants du monde...qu'ils soient encore dans les services ou non...
Vous êtes formidables 💙 "


🦋 Charlotte, une infirmière parfois désespérée mais qui essaie de rester...🦋




" 2.     Lettre à ma future profession 


Cher futur métier,


Il paraît que je suis idéaliste. Du moins, un peu trop pour pouvoir travailler avec toi "35 heures" par semaine. Et bien, je ne suis pas d’accord avec ça ! Au contraire, je pense que nous pourrions faire une bonne équipe toi et moi.
Je me revois m’engager dans cette formation, ce chemin houleux, qui est censé me faire parvenir jusqu’à toi, et dans peu de temps à présent, ça y est…je pourrai définitivement te rejoindre. Cela sera officiel, car l’état me délivrera un diplôme qui me permettra de vivre professionnellement avec toi.

Le temps passe bien vite. Je ne pensais pas que de me former à toi m’apprendrait tant de choses sur moi-même, sur les autres, sur la vie…Toutes ces émotions, toutes ces larmes, tous ces sourires, tous ces espoirs, toute cette souffrance, toutes ces rencontres… J’étais loin de savoir ce que cela signifiait « être infirmière ». C’est richement difficile et richement passionnant à faire, à être.
Pour pouvoir t’exercer pendant ces 3 ans de formation, j’ai du m’armer de courage pour m’adapter à toi, pour emprunter le chemin de la connaissance de moi-même et des autres, pour te pratiquer et pour comprendre les exigences qui te caractérisent. Je me rends compte que le temps m’aide beaucoup mais il n’est pas toujours mon allié car je le trouve trop pressé. Alors que le temps présent devrait retenir notre principale attention au quotidien.
Beaucoup d’étudiants, moi la première, se posent des questions sur toi tout au long de sa formation : au début tu attises vivement notre curiosité, puis tu nous fais peur par cette puissance qu’il nous semble devoir acquérir pour parvenir à toi. Ensuite, tu nous agaces profondément car il faut apprendre, apprendre, apprendre… pour que tu daignes nous accepter dans ton univers des soins. Et tu finis par nous attendrir car, en fait non, il ne faut pas être puissant pour faire les études que tu nous demandes afin de t’exercer un jour mais il faut être soi-même et un peu courageux car ta réalité est bien dure souvent. Et bientôt tu nous accepteras car on aura obtenu le diplôme qui nous permettra de rentrer dans ton univers des soins. J’ai hâte.

Je pense sincèrement que pour durer dans ce métier, il s’agit de tenir sur ce qui au début nous a motivé. Pour ma part c’est sans aucun doute le fait que j’aime les gens. Dans un métier aussi relationnel et vivant que celui de soignant, inutile donc de te dire que je me sens à ma place auprès de toi, même si tu me mènes la vie dure parfois ! Cette passion ne m’a jamais quitté. Jamais. C’est pour ça qu’elle a eu raison des nombreuses larmes que tu m’as fait verser. Ma conception des soins pourrait tenir en un mot : « apprivoiser ». J’aime beaucoup ce terme car il qualifie parfaitement et simplement le positionnement professionnel que j’ai adopté en tant qu’étudiante infirmière et sûrement, plus tard, en tant que soignante. En effet, il me semble que l’être-humain, dans le milieu professionnel dans lequel j’ai choisi de travailler, doit s’approcher avec discrétion et douceur. Je dirai même que le patient doit être approché « sur la pointe des pieds » pour tenter de tisser petit à petit un lien de confiance afin de permettre au soin d’exister. Et, sans oublier la dimension des connaissances, pour moi prendre soin relève avant tout du cœur.

Les patients que j’ai rencontré grâce à toi m’ont appris profondément ce qu’était la vie et la mort. Ces questions existentielles qui nous taraudent tellement. A mes yeux, le patient est acteur de sa vie et de son corps, qu’il soit à l’hôpital ou en dehors. La maladie n’enlève en rien ce positionnement chez le patient. Au contraire, en position de fragilité, il a d’autant plus sa place d’acteur car il se connaît et qu’il a ses propres ressources à mobiliser, des ressources qui sont une richesse, les siennes, car propres à chaque histoire de vie. Sans la prise en compte du patient comme étant un être humain acteur de sa santé et comme étant une personne qui a son propre cheminement, la dynamique de notre profession n’aurait aucun sens.

J’ai appris qu’être soignant c’est se mettre en position de se laisser toucher par la souffrance qui vient nous convoquer à une place à laquelle nous avons été peu formés et qui est de l’ordre de l’intime. La souffrance fait partie de la vie. Mais peut être que l’idée que chacun se fait de la souffrance est plus douloureuse que la cause de la souffrance elle-même : elle nous renvoie à nous-mêmes, à nos propres peurs d’enfants et aux traces qui en subsistent encore en nous. Ainsi une trop forte identification ou à l’opposé une indifférence voir un rejet rendra le soignant incapable d’établir une relation de soin adaptée. En tant que soignant il faut conserver un sens critique nous permettant d’interroger les situations de soins rencontrées, nous ne pouvons faire que des hypothèses car il n’y a pas une seule vérité et tout le positionnement soignant est là.
Je suis partie d’un défaut de « savoir faire » et j’arrive progressivement au « savoir être » comme racine de la relation quelle qu’elle soit.

A présent, je crois que le plus difficile reste à faire, c'est-à-dire mettre toutes ces réflexions en actes au quotidien sur le terrain, avec sensibilité et professionnalisme. Mais je me dis que quand on s’obstine à mettre un pied devant l’autre on arrive toujours quelque part…
J’espère que je deviendrai avec de l’attention, de l’élan et de l’expérience une infirmière avec qui « il fait bon travailler » et dont le plaisir serait contagieux. En plus, je peux te dire que je ne suis pas difficile, j’aime les relations dans tous ses éclats ! Et les patients ont besoin de sentir ce désir chez nous qui nous pousse à aller à leur rencontre…Je me dis que notre élan peut réveiller des envies qui sommeillent en eux. Alors ayons plaisir à travailler auprès d’eux, le soin commence d’exister par là à mes yeux.

Cher futur métier, maintenant il est temps pour moi de te dire : prépare-toi, j’arrive ! Et sache une chose, même « à fleur de peau », tu ne m’auras pas !


Charlotte

.:. A tous ces patients, passés, présents et futurs, qui ont fait, font et feront battre mon cœur de soignante .:. "

Article 17 : * 2022 *


🦋 Voilà qu'une année recommence telle une rengaine qui semble incessante et pourtant...L'éphémère hante notre vie dès notre venue au monde...

Alors, ce que je voudrai vous souhaiter c'est 365 jours d'opportunités tant que la vie est là : celles qui vous permettront de vous rencontrer toujours plus en profondeur pour oser être la plus belle version de vous-mêmes malgré la dureté du monde qui peut nous décourager parfois...

Mais surtout, je vous souhaite chaque jour d'expérimenter l'amour avec un grand A au travers de tout ce qui compte pour vous : l'Amour de la vie, l'Amour du couple, l'Amour de la famille, l'Amour de l'amitié, l'Amour d'une activité qui vous épanouis, l'Amour de la rencontre, l'Amour des voyages, l'Amour des animaux, l'Amour de la nature qui nous entoure...car c'est bien l'énergie la plus importante au monde ce sentiment d'amour : il peut guérir tant de maux sur terre et même dépasser la mort qui éteint un jours le corps mais jamais l'amour ❤️

Je vous souhaite à tous une douce et belle année 2022, à bientôt à travers la magie des mots 🦋


#InfirmièreToujoursProfondément
#PremierJanvier2022AuTravail
#HappyNewYear


Charlotte




Article 16 : Nature

La nature, intelligente et généreuse, sème l’abondance sur terre depuis la nuit des temps.

Mais elle est mal considérée par l'Homme qui s’enivre de sa beauté et se positionne toujours plus en force pour la conquérir au fil des époques : il s’acharne à chacun de ses pas pour la posséder démontrant qu’il ne l’aime que par convoitise. L’Homme, se sentant supérieur, renie toutes autres formes de vie sur terre mais il n’est qu’un modeste locataire sur cette planète bleue. Par ses multiples possibilités de communication et d’action, il est enfermé dans l’illusion d’être tout puissant. 
Et pourtant, nous avons tant à apprendre du monde végétal qui, dans un silence apparent, a en fait un langage bien à lui…
La nature est un monde à observer, à respirer, à ressentir…car tout ne peut pas s'expliquer avec des mots ou un raisonnement. Utilisons nos sens et nos émotions à son contact et la nature nous reconnectera immédiatement à notre profondeur si nous l’invitons dans le foyer de notre cœur. 
Avec toute notre attention, nous pourrons assister à la dimension poétique de la vie. Grâce à elle, nous pouvons découvrir le lien au monde et aux Hommes d’une façon plus douce. Le monde est si frontal…et la nature nous chuchote doucement qu’il est possible de créer du lien délicatement, intuitivement, inexplicablement. La connexion à soi et au monde a un langage différent que celui que nous connaissons au quotidien. En effet, ce langage là demande un tout autre positionnement pour le pratiquer : l’ouverture de notre conscience.

A partir de cet instant, cette porte que nous ouvrons en nous permet la connexion, celle qui ne requiert pas de mot mais qui est de l’ordre de l’alchimie. Nous aurons la chance, alors, de nous imprégner intérieurement de cette communication invisible et vibrante. Mais, avant d’y parvenir, il faudra adopter une démarche plus intime avec nous-mêmes : faire la paix en nous. Cette tranquillité paisible fera taire les pensées intempestives de notre esprit ce qui permettra au cœur d’établir avec nous son langage d’amour unique au monde. Alors la connexion naturelle entre l’Homme et la nature pourra éclore dans l’évidence même du mouvement de la vie.

Nous sommes des êtres de langage mais nous sommes souvent attentifs qu’à celui des mots. Or, la communication et l'interaction peuvent être plus subtils et profonds encore que tout cela...Car nous sommes aussi des êtres d'énergie tout comme la nature mais nous l'avons malheureusement oublié dans notre monde moderne où le visuel et le matériel priment sur tout. 

Il est sain et si positif de s'attendrir face à la nature car elle seule peut nous rappeler que nous sommes, nous aussi, des êtres capables de communiquer de façon intuitive. Nous le faisons souvent sans nous en rendre compte lorsque nous nous émerveillons devant la nature et que nous en retirons un bien-être profond. Et nous le vivons aussi entre humains : lorsque nous aimons, le lien d'attachement libère une énergie qui n'est pas visible avec nos yeux mais que nous pouvons ressentir au contact de l’Être cher et que le monde de la matière n'arrête pas. En effet, même loin de ceux que nous aimons, l’amour perdure et ne s’interrompt pas.

Intéressons-nous à ce qu'il y a au-delà des apparences car la vie ne se vit pas qu'à travers nos cinq sens physiques…mais bien plus encore !


Charlotte, 8 décembre 2021

 « A la nature, cette féérie du monde »

« A mon grand-père, Louis, qui était un magicien de la nature »





Photo de Charlotte Vergori

Article 15 : Je ne m'attache plus


L’amitié est encore partie ce matin.
Mais cette fois, la porte a claqué plus fort que d’habitude. Je ne l’avais pas vu s’éloigner car mes espoirs avaient nourri mon cœur qui n’aspirait qu’à l’éternité du lien. Mes bras avaient entouré l’amitié chaque jour et l’avaient serré si fort contre mon cœur pour ne plus jamais qu’elle s’en aille. Malheureusement, cela n’a pas suffi…encore une fois.
Une triste pensée m’accable alors de tout son poids : mes bras ont peut-être été trop étouffants de présence ou à l’inverse pas assez contenants d’amour pour donner envie à l’amitié de rester tout près de moi et d’accompagner de sa présence les pas maladroits de ma petite existence terrestre.
La froideur de ce départ ralentit douloureusement les battements de mon cœur qui n’arrive plus à prendre soin de mon corps ce matin. La douleur comprime ma poitrine et l’air manque dans mes poumons : bloqués par cet imprévisible chagrin, ils peinent à prendre toute leur place pour continuer d’oxygéner ma vie. C’est ainsi que mes larmes sont sorties incontrôlables et plus orageuses. De mes yeux, elles ont envahi chaque recoin de mes joues, ont noyé entièrement mes lèvres et sont allées se réfugier dans mon cou pour y mourir dans la solitude de ce froid automnale.

L’amitié, que j’ai tant adulé, a préféré aujourd’hui abandonner nos promesses de l’époque : celles que nous nous étions faites à la naissance de notre lien, lorsque le ciel était bleu et sans nuages et que nous goûtions à l’intensité de l’affection nouvelle comme dans tout commencement.
A présent, il faudrait réparer avec des efforts d’amour et avec un grand soin chaque partie de nos cœurs fendue de blessures causées bêtement par notre malhabile humanité : être là, présent fidèlement, pour permettre à l’affection réciproque de l’amitié de continuer à se frayer un chemin à travers les tempêtes pour perdurer demain…et tous les autres jours de notre vie.
Mais, ce matin, tu as préféré ignorer le bruit de ma chaotique existence et tu as emporté la tienne loin de mon cœur désemparé d’être démuni de nous. Cette violence sourde aux oreilles du monde est cependant assourdissante pour mon corps endolori qui reste recroquevillé dans un coin de ma vie tentant de détecter une once de lumière quelque part dans mon obscurité intérieure.
C’est ainsi que je lutte de toutes mes forces pour ne pas laisser toute la place à cette imposante douleur dont je fais aujourd’hui la rencontre malgré moi. Et je m’accroche coûte que coûte au fil invisible qui me relie encore à l’élan d’amour pour ma vie. Il est fragile mais il est encore là, nouer à un bout de mon cœur fissuré.
On parle souvent du chagrin d’amour car cette relation passionnante a inondé la littérature depuis longtemps et il est fascinant, à travers le couple, d’observer le fonctionnement de l’attachement humain. Mais il existe une relation plus discrète pouvant toutefois s’avérer aussi attachante et puissante lorsque nous osons lui faire un peu de place dans notre vie afinqu’elle révèle tous ses précieux secrets.
C’est ainsi que j’ai fait connaissance, ce matin, avec le chagrin d’amitié. Je ne savais pas qu’il existait, et, je peux vous dire, qu’il fait aussi mal que l’amour celui-là.

L’amitié est une relation de soutien inconditionnel lors des épreuves douloureuses et un témoin plein d’affection lors des moments heureux de notre vie. Elle est toujours là, présente à l’horizon, prête à frapper à notre porte. Elle semble n’avoir aucune exigence. On l’oublie de temps en temps au détriment de l’amour, de la famille, des obligations sociales et professionnelles en la laissant parfois un peu de côté. Et lorsque le besoin d’amour et de soutien vint à manquer, nous recherchons alors, dans la grisaille du jour, les yeux doux de l’amitié. Mais cette relation négligée de l’humain a besoin, elle aussi, de continuité, de partages, de constance et de réciprocité. Elle aussi est un amour à nourrir régulièrement.

L’amitié s’en est allée ce matin. Et derrière le rideau de mon chagrin, j’ai entendu pour la première fois, l’écho lointain d’une décision difficile à prendre : celle de ne plus s’attacher. Non pas par lâcheté mais pour panser la douleur du lien car, oui, aujourd’hui le lien me fait tellement mal...Systématiquement, il me vole une partie de moi puisqu’il finit toujours par partir soudainement. A chaque déception, une partie de mon Être donnée avec amour disparaît à jamais avec l’ami qui s’en est allé. Ce vide est irremplaçable et désormais, je ne parviens plus à le combler : la confiance inconditionnelle que j’avais offerte à l’amitié s’est maintenant brisée en mille morceaux, comme le verre qui tombe et se casse inévitablement sur le sol. Alors, ce matin, mon cœur a finalement accepté la douloureuse proposition de l’écho dans un dernier sanglot.

L’amitié n’est pas acquise. Rien dans ce monde ne l’est. Dans cette incapacité qu’à l’humain de s’engager pleinement dans l’amitié, je me sens toujours plus incomprise et insatisfaite. Car l’humain est si peureux du lien, de la vulnérabilité qu’il révèle de chacun et du courage qu’implique l’amour partagé dans ses tempêtes comme ses couchers de soleil…C’est pourquoi je décide à mon tour d’abandonner désormais. Puisque l’amitié ne veut jamais retenir mon existence, je choisi de lui lâcher la main.

Je ne m’attache plus car je ne veux plus vivre dans la peur de perdre encore une partie de mon cœur.
Je ne m’attache plus car je ne veux plus pleurer de douleur lorsque je verrai partir l’amitié sans prévenir.
Je ne m’attache plus car je vois bien que les gens finissent par se lasser et par s’éloigner sans se retourner.
Je ne m’attache plus car chacun fait sa vie et que l’amitié n’est jamais une priorité dans le quotidien des humains pressés.
Je ne m’attache plus car je sais qu’on ne tient pas toujours ses promesses, qu’on change d’avis et qu’on aime pour quelques temps mais pas pour toujours.
Je ne m’attache plus car je suis épuisée de ces personnes qui viennent et repartent sans savoir ce qu’elles veulent vraiment.
Je ne m’attache plus…mais ça ne m’empêche pas d’aimer. Seulement c’est ainsi que je pourrai continuer de partager mon amour pour l’humain : sans attente et en secret à travers le don de soi dans les petits gestes au quotidien. Ainsi, la déception ne retrouvera plus jamais le chemin jusqu’à mon cœur.

« L’amitié, tu me manqueras.
Mon cœur m’a confié un secret ce matin en séchant patiemment mes larmes :
il m’a murmuré doucement à l’oreille que, si j’ai rencontré la douleur de ton ombre,
c’est que j’ai eu la chance d’éprouver tout le bonheur d’aimer d’amitié.
Même si j’aurai tellement souhaité autre chose de notre relation,
je te laisse partir aujourd’hui parce-que, justement, je t’aime infiniment…
Mais il faut désormais que je te survive. »


Charlotte, 3 décembre 2021

« A ces quelques amitiés singulières que j’ai aimé de tout mon cœur… »




Photo de Charlotte Vergori

Article 14 : Autocompassion

Les expériences de la vie ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles sont.

Mais lorsque leurs réalités nous percutent, les expériences se teintent alors de la couleur de nos émotions : nos pensées font naître en nous une floraison de ressentis accaparant notre corps tout entier qui se met à nous parler.

  • Lorsque l'événement nous rend heureux, nous nous laissons facilement envahir par la joie et nous sommes bercés par son retentissement doux et puissant.

  • Lorsqu'un évènement nous fait souffrir, nous pouvons alors nous sentir découragé, affaibli et même détruit par la vie.

Il est important d’apprendre à écouter le langage de notre corps et à observer cette agitation intérieure afin de mieux comprendre ce qui nous anime en profondeur. Et pour ce faire, il est précieux de pouvoir apprendre à se connecter à une capacité qui est en nous mais que nous n’avons pas appris à développer dans un monde qui prône le pouvoir et la compétition. Il s’agit de l'autocompassion, une pratique d’inspiration bouddhiste.

  • L'autocompassion pour reconnaître nos imperfections avec douceur.

  • L'autocompassion pour envelopper nos fragilités avec de l’amour.

  • L’autocompassion pour se dire que nous faisons, avant tout, comme nous le pouvons…

Lorsque nous sommes face aux épreuves de la vie, nous résistons à une partie de nous qui est plus sombre au lieu d’essayer d’écouter ce qu’elle a à nous dire. En effet, nous portons en tant qu’humain une dualité entre une ressource positive qui nous anime naturellement mais aussi une part plus noire que nous dissimulons coûte que coûte de manière plus ou moins consciente ce qui nous demande beaucoup d’énergie. Mais cette ombre nous semble obscure seulement parce-que nous avons choisi de la cacher et de la refouler par peur de nous y confronter. Cela crée en nous une lutte permanente et épuisante pour réprimer toute une partie de ce que nous sommes.

Il est important d’identifier que cette part moins valorisante de nous est inhérente à notre nature humaine tout simplement. Nous sommes faits de cet ensemble. Cette ombre n’est pas notre ennemie. Nous la rejetons au lieu de l’accueillir ce qui revient à nier toute une partie de nous-mêmes pour arriver à la fin de notre existence à ne pas avoir réussi à nous comprendre : nous risquons de mourir à la vie avant même que la mort nous attrape si nous n’avons pas ce courage de nous reconnaître tel que nous sommes véritablement. C’est ainsi que nous risquons de passer à côté de notre vie en nous contentant de cohabiter avec nous-mêmes plutôt que de nous engager entièrement avec tout notre Être et de développer notre véritable nature unique.

Dans un premier temps, il serait intéressant de regarder notre partie sombre avec plus d’indulgence : sa noirceur serait alors moins tumultueuse pour notre cœur. Dévoilée à la lumière de notre vie, nous pourrions ainsi commencer à prendre soin d’elle et nous serions surpris par des découvertes passionnantes que nous ferions dans les tréfonds ensevelis de notre Être. Nous avons ce choix.

  • Garder secrète cette part plus sombre de nous qui nous effraie et que nous étouffons à chaque fois qu’elle essaie de nous parler d’elle. Continuer à occulter, par peur, une partie importante de notre personnalité et maintenir ainsi l’illusion de rester protéger contre la souffrance.

  • Ou alors, accepter d’entrouvrir doucement la porte pour éclairer une partie plus fragile et inconfortable de nous mais qu’il est possible d’apprivoiser. Car, oui, c'est bien en étant complet que nous sommes humains. Nous ne sommes pas digne d'amour seulement parce-que nous valorisons notre côté lumineux aux yeux du monde extérieur : nous en sommes digne car nous osons ÊTRE. Et c’est cette authenticité qui attirera à nous l’amour dans tout ce qu’il a de plus vrai et de plus noble.

Pour parvenir à admettre et à accueillir cette ombre qui nous façonne tout autant que la lumière, éveillons en nous ce don merveilleux que nous pouvons nous faire : grâce et avec l’autocompassion, cette merveilleuse indulgence, cajolons nos souffrances cachées. Apaiser la peur, écouter la douleur, offrir le pardon à nos erreurs d’humains…pour dépoussiérer les recoins de notre cœur qui a porté trop longtemps nos déboires d’existence non assumés.

L’autocompassion peut nous permettre d’accéder à cette grotte humide de tous nos chagrins retenus et qui crée cette obscurité : il s’agit en fait de l’enfant blessé que nous avons été, jadis, et qui n’a pas toujours pu être écouté et choyé. Ces non-dits de l’enfance, accumulés au fil des âges, ont laissé une partie de notre Être à la dérive.

L’autocompassion peut apporter de la bienveillance à l’adulte que nous sommes pour réparer petit à petit l’enfant dévalorisé qui demeure recroquevillé en nous et qui est emprisonné alors que lui ne demande qu’à vivre. Cet enfant parle régulièrement derrière nos émotions d’adultes, celles qui sont parfois fortes et démesurées. Il demande notre attention : accordons-lui enfin cette faveur car il la désire depuis si longtemps et nous découvrirons enfin qui nous sommes. L’adulte n’est pas supérieur à cet enfant. La croyance limitante que seul l’adulte a la capacité d’apprendre à l’enfant comment vivre nous a éloigné de cette possibilité d’apprendre l’un de l’autre en toute égalité. Et notre enfant intérieur réclame aujourd’hui cette justice. Offrons-lui ce cadeau et nous nous offrirons la liberté d’Être. Apprenons à décoder le langage de nos émotions. Quand l’adulte souffre, son enfant intérieur tente de communiquer et de révéler des clefs de compréhensions.

  • Découvrir que derrière un reproche, il y a un besoin à nourrir.

  • Identifier que derrière une attente, il y a un besoin de partage.

  • Apercevoir que derrière un silence, il y a un besoin d’écoute.

  • Comprendre que derrière un rejet, il y a un besoin de présence.

  • Sentir que derrière une colère, il y a un besoin d’amour.

Il faut absolument modifier notre regard sur nous-même car nous ne sommes ni tout blanc, ni tout noir. Nous SOMMES et c'est tout. Avec nos tourments et nos bonheurs, nos limites et nos trésors. Il est impossible en tant qu’humain d’être parfaits, de toujours faire les choses bien, de réussir du premier coup tout ce que nous entreprenons…C'est juste impossible ! Quelle dureté de s’infliger autant de pressions et d’exigences…

Et tant mieux si nous n’arrivons pas toujours au but souhaité : que pourrions-nous comprendre du chemin d’existence ? Plonger dans notre profondeur demande une pause sur le chemin, un obstacle qui nous arrête afin d’entrer dans notre intérieur. Au lieu de regarder devant, la vie nous demande alors de regarder dedans. Pour cela il faut repenser au plaisir de pouvoir découvrir, modifier, perfectionner, cheminer...sur place. Pas demain mais maintenant. Allons faire connaissance avec nos petites failles qui nous arrêtent et sur lesquelles nous trébuchons ...avant de reprendre la route. Ce temps ne sera pas perdu. Bien au contraire. Contempler notre âme pour mieux visualiser la vie que nous désirons vraiment. 
Finalement, nous pourrions gagner un temps précieux. Celui de savourer les moments présents et comprendre véritablement vers quelle destination nous souhaitons diriger notre barque plutôt que de marcher sans réfléchir avec le poids de nos chagrins qui s’accumulent sans leur donner du sens.

L’autocompassion est la clef. Elle nous permet d’accepter que, parfois, notre vie puisse être nulle...sans fatalité et sans aggraver les choses. Elle nous aide à admettre avec bienveillance que ça ne marche pas toujours et que nous n’y arrivons plus. Et tout cela ne veut pas dire que c’est fini. Au contraire, cela peut être le début d’autre chose dans notre histoire personnelle. Et cette bonté que nous nous offrons alors nous apporte le courage de ne pas nier notre souffrance mais juste de la considérer comme naturelle lorsqu'elle prend place en nous. Car la souffrance fait partie de la vie elle aussi. Cette légitimité que nous lui apportons nous permet de la reconnaître puis d’initier un dialogue intérieur pour tenter de conjuguer avec ce qu’elle a à nous enseigner : elle née souvent de la comparaison entre nos idéaux et la réalité. Le fait de ne pas accepter que les choses se passent comme elles se passent, voilà ce qui créé en partie cette souffrance. Car plus nous résistons à ce qui se déroule ici et maintenant, plus nous souffrons. Et résister contre nous-même revient à lutter contre qui nous sommes. Lâcher prise sur nos idéaux est une première issue. Cela ouvrira une porte vers un apaisement que nous méritons car nous n'avons pas à avoir honte de notre humanité qui peut être parfois bancale et fragile. Cette vulnérabilité en nous permet d’ouvrir des portes précieuses comme la bienveillance, l'altruisme et l'empathie : des valeurs humaines à développer pour une vie plus harmonieuse avec soi et les autres.

« Tu peux être fière de toi et du chemin que tu as parcouru jusqu'à maintenant.

Malgré les tremblements de terre tu t’accroches. C'est un chemin très courageux tu sais…

Alors surtout, continues comme ça. Promets-le-toi.

Car tu es ta plus grande histoire d’amour. »


Charlotte, le 14/11/2021

« Je me pardonne pour tous mes échecs en tant que soignante… »

« J’apprends à pardonner chaque jour ma maladroite humanité. »


* photo Charlotte Vergori

Article 13 : Éphémère

Il faut que je te parle. C’est important.

Je sens un lien se construire entre nous : tels les racines d’un arbre, nos énergies s’entremêlent, communiquent et fusionnent. De cette façon, l’énergie d’amour peut circuler librement entre nous. C’est magnifique.

Toutefois, nous devons aborder aujourd’hui nos lendemains incertains dans la pénombre du matin levant ; Regarde comme le ciel est beau ! Son infini reflet est perceptible dans chaque goutte de rosée que la fraicheur de la nuit a déposé avant de partir. La nature endormie se réveille doucement. Ce spectacle généreux qu’offre la vie, si on sait l’apprécier, semble éternel…et pourtant, notre présence sur terre ne sera, un jour prochain, plus qu’un souvenir dans le passé de la grande histoire de l’Humanité.

Ne nous perdons pas dans l’illusion de l’immortalité qui nous fait occulter bien souvent que notre vie terrestre s’éteint un jour. Et lorsqu’une relation vient au monde, elle est vouée à une destinée éphémère à notre image d’être-humain. La mort de nos corps de chairs est un fait inéluctable de notre existence. Personne n'y échappe. Au moment même où nos cœurs se sont épris, nos vies se sont dit adieu. Alors oui, nous nous quitterons quoi qu'il arrive.

Mais, en cet instant, asseyons-nous dans un petit coin de notre présent : créons ensemble un cocon dans lequel nous pourrions aborder tous nos tourments. Main dans la main, métamorphosons ensemble le prisme de notre réalité qui ne nous donne qu’un petit aperçu de ce que peut être véritablement la vie.

-          Empruntons des mots différents pour parler de tout ce qui prend fin inévitablement.

-          Adoptons des mots moins durs pour appréhender le caractère fugace de notre vie.

-          Composons des mots plus doux pour ouvrir les portes de nos croyances intérieures avant de partir.  

La vie est faite de séparations tout au long de notre chemin qui sont plus ou moins difficiles à supporter en fonction de notre capacité d’adaptation et de notre degré de dépendance. Et l’acceptation que la vie n’est pas immuable peut permettre la naissance et la manifestation de pensées nouvelles et inattendues en nous. En effet, osons nous ouvrir à l’inconnu et faisons connaissance avec ces nouvelles visions de ce que nous pourrions expérimenter de notre vivant. Elles pourraient se révéler être un trésor de compréhension sur une version nouvelle de l’amour : il semble disparaitre avec la mort, emporté par le départ de l’être cher, or, l’amour a peut-être d’autres secrets à nous révéler. Je ne dis pas que cette nouvelle conscience à mettre en sens est saisissable en un instant. Mais il y a quelque chose à tenter.

Commençons par réconforter cette peur d’être séparé l’un de l’autre. Et même si cela ne dure qu’un court instant, ce n’est pas grave : essayons de dépasser cette angoisse du vide qui n’est qu’une création de notre pensée. Puis ouvrons notre cœur à l’amour : parce-qu’un jour nous ne serons plus ensemble, nous pouvons nous réconforter avec l’idée que le pire serait de ne s’être jamais connu. Oui, la souffrance plus grande encore, serait de ne pas permettre à nos cœurs d’être riche de nous et notre intérieur serait alors un désert de sentiments. Ayons cette gratitude des souvenirs crées ensemble et qui nourrissent notre humanité. L’amour nous transforme. Soyons prêt à le perdre parce-que nous l’avons tant chéri. Et mobilisons notre élan vital face à l’ombre de la fatalité : essayer de transformer continuellement notre regard, surtout les jours de pluie, pour réaliser que le plus important est de continuer à nous aimer…quoi qu’il advienne de nous.

Au fond, le processus de la vie et de la mort demeure un mystère entier pour chacun d’entre nous. Alors peut-être que nous pouvons nous autoriser à croire que la mort ne détruit rien : peut-être que la mort n'est qu'un passage, un pont vers une suite et un avenir d'amour avec tous ceux qu'on aura porté dans notre cœur sur terre. Nous avons le droit de rêver ce futur. Rien ne nous interdit d’espérer.

Maintenant, reprenons le cours de notre vie au présent, savourons avec joie chacun de nos partages : faisons fleurir l’arbre de notre histoire d’amour chaque jour. Là est notre chance. Qu’on s’aime d’un amour filial, amoureux ou amical, osons l’amour à chaque instant avec tous ceux qui sont importants pour nous. Et exprimons le ! L’amour sincère est une promesse de bonheur. Il représente l’essentiel le plus important du monde. Car l’amour est un cadeau et notre mission la plus importante sur terre est de le partager jusqu’à notre dernier souffle.

L’éphémère est au creux de notre vie mais l’amour est au cœur de notre âme : c’est sur l’amour qu’il faut tout miser. Et alors l’éphémère fusionnera avec l’infini…

En entrant dans la vie, nous sommes arrachés à notre essence originelle.

En venant au monde, nous n’habitons plus nulle part.

Puis naissent les liens d’amour qui nous rappellent, qu’en fait, nous habitons un peu partout...


Charlotte…une éphémère parmi d’autres

(Novembre 2021)


* photo Charlotte Vergori